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Analyse

Critique

Contexte
Par A. Tanner

 

L'analyse Nice Time par Christian Dimitriu

Financé par le fond pour la production expérimentale du BFI, ce film, composé d'environ 190 plans organisés en montage rapide, où l'image se conjugue de manière nouvelle avec le son pour donner à l'œuvre une signification plus riche que celle d'un simple documentaire, fut présenté pour la première fois au programme du Free Cinema Three, sous l'étiquette "Look at Britain", avec "Every Day Except Chrismas" d'Anderson. Le style est proche de celui de l'école documentariste anglaise inaugurée quelques années auparavant par John Grierson. Seulement, l'intention est différente : il refuse l'irresponsabilité sociale.

Le film donnait à l'époque l'impression d'une succession de prises de vue de gens et d'objets, de visages et d'expressions dont les images étaient perçues comme si elles étaient produites par une caméra en mouvement et ne laissait pas au spectateur le temps de poser son regard. Ce procédé avait pour but de rompre les codes du cinéma traditionnel anglais mais provoqua des réactions très violentes auprès du public. Or, en regardant le film presque 30 ans plus tard, on a l'impression que Tanner et Goretta n'ont fait que transcrire Piccadilly en images avec un réalisme plus fraternel et poétique que celui qu'une certaine presse qualifiait à l'époque de décadent. Le film fut tourné en vingt-cinq samedis soirs, durant lesquels Goretta, Tanner et Fletcher récoltèrent 2000 mètres de pellicule. Le montage dura quatre mois, la bande son représentant le travail le plus délicat. Le film est d'emblée placé sous le signe d'Eros. Il s'ouvre sur sa statue et l'image se déplace, sur une trajectoire oblique, vers un jeune couple qui se retrouve. Magnifique image. Formellement et du point de vue sémantique, le thème du film est Eros car, comme remarque justement "Lieve Spaas", la caméra tourne autour de la statue, les gens sont animés par la recherche d'Eros et "Nice Time" suggère, en anglais, le plaisir que promettent les belles de nuit. L'enseigne de Coca-Cola scintille pendant que la bande-son nous donne à entendre "God Save the Queen", juke-box et flippers, qui reviendront dans les films ultérieurs de Tanner. La poésie du film éclate malgrè la minceur des moyens engagés. En effet, ces images qui se heurtent et se succèdent avec un rythme très rapide ont su, à l'époque, donner à la présence de la foule une nouvelle signification au cinéma.

Sources : "Tanner Alain" de Christian Dimitriu - "Collection cinéma - Henri Veyrier" - 1985

Mise à jour le Mercredi, 25 Janvier 2012 12:44