2003 - Paul s'en va > Dossier médias > Analyse
Analyse Contexte Par A. Tanner

 

Analyse de Frédéric Bas

À propos de "Paul s’en va", Alain Tanner a déclaré que le film creusait un "sillon tracé depuis longtemps" dans son cinéma : « le passage du témoin, la transmission de connaissances d’une génération à l’autre […], non pas tellement au sens pédagogique, mais afin de garder vivante la mémoire, ce fil rouge qui traverse le temps et nos vies, et que tout menace aujourd’hui. » Fruit d’une rencontre entre le cinéaste et les dix-sept élèves comédiens de l’École supérieure d’art dramatique de Genève, le dernier film de Tanner réactive assurément le thème de la transmission qui nourrit ses films depuis le premier "Jonas". Il le fait surtout sur le fond d’une crise de sens du monde contemporain dont "Paul s’en va" dresse un état des lieux juste et lucide. Alain Tanner et son scénariste Bernard Comment plongent dix-sept jeunes gens dans le trouble d’une disparition : celle de Paul B., leur professeur de sémiologie. En les quittant, le philosophe-enseignant leur a laissé quelques traces, des petits exercices-miroirs qui les révéleront à eux-mêmes : faire la chasse aux signes dans un centre commercial, partir interroger un ancien brigadiste de la guerre d’Espagne, écrire une farce théâtrale sur le post-11 septembre 2001 en s’inspirant d’Alfred Jarry et de son "Père Ubu". Mais la présence-absence de Paul auprès des élèves ne s’exprime pas seulement par ces petits travaux. En effet, "Paul s’en va" est traversé par des moments hors temps, où chacun des dix-sept personnages lit et dit des textes d’auteurs dont les noms s’inscrivent à l’écran : Pasolini, Césaire, Céline, Guyotat… C’est le surmoi de Paul B. qui s’y entend et, à travers lui, le désir d’Alain Tanner de faire pièce à la laideur du monde et au pessimisme qu’il inspire en convoquant la poésie et l’intelligence.

Alain Tanner - "Ciné-Mélanges" Editions du Seuil - www.seuil.com - 2007


Mise à jour le Mercredi, 12 Octobre 2011 14:28