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Contexte Par A. Tanner

Le contexte biographique d'Alain Tanner

A gauche, Alain Tanner et  Franck Jotterand sur le tournage de "Ramuz, passage d'un poète" - Droits réservés - Collection Cinémathèque suisse

Bref interlude parisien

Quand il arrive à Paris en 1958, Tanner ne retrouve pas l'effervescence londonienne : « Autant j'avais trouvé sympathique ce qui se passait en Angleterre, autant j'étais rebuté par ce qui se passait en France. Autant l'atmosphère autour de Ealing paraissait chaleureuse et amicale, autant à Paris je me suis retrouvé avec des gens qui faisaient un cinéma que je n'aimais pas du tout à l'époque. » 

Si Tanner n'est pas séduit par la Nouvelle Vague, il est tout de même marqué par les débats théoriques des "Cahiers du cinéma" - ne serait-ce que par leur opposition aux vues qu'exprime, dans "Sequence" et "Sight & Sound", le Free Cinema. On diverge principalement, au niveau du débat, sur le contenu et la forme. Alors qu'en Angleterre le Free cinema s'était prononcé pour une pratique cinématographique rompant avec les codes formels dominants, en mettant l'accent sur le "contenu" qui devait être exprimé dans un style "personnel", en France la "nouvelle vague" commençait à développer un cinéma des "formes". La profondeur de champ et les longs plans qui cherchait, selon André Bazin, à rendre le réel transparent, ne suffiront pas à Tanner. Il respectera plutôt la conception brechtienne du spectacle pour révéler, par le cinéma, la véritable organisation de la société et de ses contradictions. Finalement, la Nouvelle Vague inspirera à Tanner un jugement qu'expriment aussi "Positif" et Robert Benayoun : c'est une fuite dans le formalisme, jugement que ce dernier révisera par la suite.

Sources : "Tanner Alain" de Christian Dimitriu - "Collection cinéma - Henri Veyrier" - 1985

Retour au pays natal

En 1959, Tanner travaille comme assistant aux studios de Joinville sur plusieurs productions grand public. Il rencontre là-bas Frank Jotterand, correspondant de la "Gazette de Lausanne", qui lui propose de réaliser avec lui un court métrage sur Ramuz. De retour en Suisse, Tanner réalise donc "Ramuz, passage d’un poète" (1961, 27 min.) sur un scénario de Frank Jotterand.

Sources : Laura Legast - "Histoire du cinéma suisse de 1962 à 2000" sous la direction d'Hervé Dumont et de Maria Tortajada - Editions Cinémathèque suisse et Gilles Attinger - 2007

Dix-huit mois s'écoulent entre la proposition de Jotterand et la sortie du film. Le découpage complet est présenté par Tanner en octobre 1959 et c'est seulement en avril 1961 que le film est accepté définitivement par la Fondation Pro Helvetia, principal bailleur de fonds, qui manifestait quelques réticences sur l'utilisation de la musique dans le film et sur la fin du documentaire. Le film témoigne, par la transposition du texte de Ramuz et par les images, des profonds bouleversements subis par les campagnes vaudoises dans les années 50. Le glissement rapide d'une population agricole vers les secteurs secondaires et tertiaires, l'explosion des centres urbains, la perte de l'accent régional dû au développement des moyens de communication, habitent les scènes tournées dans le Lavaux avec, en arrière-fond, les réverbérations du Lac Léman.

Sources : "Tanner Alain" de Christian Dimitriu - "Collection cinéma - Henri Veyrier" - 1985

Mise à jour le Vendredi, 28 Octobre 2011 11:26