Révolutions "Sauts de puce" - (suite)

Révolution numéro deux : j’avais dix-sept ans et j’allais jusqu’alors au cinéma, comme tous les gens de mon âge, pour m’amuser, avec une préférence pour les westerns. Une salle de la ville consacrait une bonne partie de sa programmation au cinéma italien. Ce fut une brusque découverte, un véritable choc lorsque apparurent les films du néo- réalisme. Avec Rossellini, De Sica, De Santis, Lattuada, puis un peu plus tard Fellini, Visconti et Pasolini, j’ai compris que le cinéma pouvait être autre chose qu’un simple divertissement. Sans que je le sache vraiment à l’époque, c’est probablement ce cinéma-là qui m’a mis sur la voie où j’ai décidé de m’engager par la suite. Dans l’immédiat après-guerre, les voyages étaient encore très compliqués. Je décidai malgré tout de partir en Italie pour, en quelque sorte, « vérifier sur place ».

Révolution numéro trois : deux ou trois ans plus tard, ce fut le surréalisme, qui en lui-même avait, comme le jazz, un caractère révolutionnaire, en provoquant une cassure très marquée avec la littérature de son temps. Pour moi, ce fut une sorte de confirmation de tout ce que je pouvais penser des choses du monde d’alors.

Révolution numéro quatre : celle-ci ne concerne que moi, elle n’a rien à voir avec l’histoire, mais elle a été capitale dans ma formation. C’est la rupture, mais sans aucun conflit, d’avec mon milieu, ma famille, mon lieu de vie. Après un séjour un peu maussade à Gênes, j’ai pu embarquer comme écrivain de bord sur des cargos, d’abord en Méditerranée, puis autour de l’Afrique.

Alain Tanner sur un cargo - Source et Droits réservés Alain Tanner © Alain Tanner

Je n’avais pas vraiment la vocation de passer ma vie dans la marine marchande, mais simplement l’envie de voir le monde.

 



Mise à jour le Mardi, 04 Octobre 2011 08:48