Révolutions "Sauts de puce" - (suite)

Le Free Cinema était en réaction violente, très politisée, contre l’establishment du cinéma anglais, complètement sclérosé à l’époque et qui jouait parfaitement son jeu au sein d’une société de classes aussi rigide que pouvait l’être la société britannique. Le Free Cinema partageait le champ de bataille, car c’en était un, avec tous ceux que l’on appelait alors « the angry young men » (les jeunes gens en colère), qui de leur côté secouèrent le cocotier dans le théâtre et la littérature. Les polémiques étaient virulentes et le climat, on peut l’imaginer, très stimulant. Avec Claude, et tout à fait par hasard, on s’était trouvés au bon endroit, au bon moment.

 

Claude Goretta et Alain Tanner en 1951 - Source et Droits réservés Alain Tanner © Alain Tanner



Révolution numéro six : Mai 68. J’ai dit ailleurs sous forme de boutade que ce fut le passage de l’Ancien au Nouveau Régime. J’ai filmé à Paris tout le mois de mai. Beaucoup parmi les étudiants croyaient qu’ils étaient en train de faire la révolution. Pour moi qui avais alors trente-huit ans, cela me donnait un peu de recul, Mai 68 à Paris fut un grand happening, un grand théâtre de rue, ludique, une libération de la parole. Faire des barricades, c’était spectaculaire, mais n’avait guère de sens, sinon d’être le symbole et le souvenir de la Commune de Paris, mais sans le sang qui coule. On a tout dit sur ce temps-là et ce n’est pas le lieu d’y revenir. Mes deux premiers longs métrages, Charles mort ou vif et La Salamandre, sont le reflet à distance de ces événements et lui doivent aussi leur succès. Même si nos sociétés pratiquent, depuis, la méthode du « marche arrière toute », les graines qui ont été semées en 68 continuent de produire quelques plantes, et celles qui ont été, pense-t-on, enterrées, courent toujours sous la terre comme le sang dans les veines.

Sources: "Alain Tanner - Ciné-mélanges" éditions du Seuil



Mise à jour le Mardi, 04 Octobre 2011 08:48